Dans les cours cloisonnées les ombres toujours piaffent
Les pupitres grinçants, austères chorégraphes
Nous assènent leçons de craie au goût de fer
Ainsi que ces chiffres dénués de lumière.
Est-il ainsi juste d'être au long de journée
Captif de ces murs blancs, ce savoir refermé
En la citadelle où l'on pense tout savoir
Mais qui du grand monde n'est qu'un pâle miroir ?
Et dehors cependant tout menace ruine :
Bombes et silences aux limes assassines
Et des enfants pour qui l'école n'est qu'un songe
Un mirage lointain derrière un ciel d'oronges.
Sous d'autres cieux brûlants aux soleils inconnus
On apprend à genoux sur une terre nue
Avec pour seul tableau l'ombre d'un arbre ancien
Et comme blanche craie poussière du chemin.
On ne dira guère ces horizons moins sages
Que ceux ou l'on lâche, en bord du paysage
Celui dont est brisé élan et confiance
Celui qu'on a laissé perdu sans autre chance.
Et puis est mon frère victime ès meurtriers
Percé par moqueries comme sabre d'acier
Couloirs ainsi changés en théâtre cruel
Où l'enfance est noyé par tout ceux qui harcèlent.
Il avance traqué par foules sans visage
Cartable donc fardeau, et ceci à chaque âge
Sur lui pleuvent les coups, un calvaire sans fin
Et son regard s'éteint dès qu'il pointe matin.
Alors comment se taire et demeurer muet
Devant l'absurdité des plaies d'enfants fluets
Et je voudrais pouvoir écrire mots de feu
Des phrases pour briser les murs silencieux.
Des poèmes fendant les cloisons du réel
Des romans pour casser l'ordre trop éternel
Et idées nouvelles accouchant monde plus beau
Où nul ne soit rejet, jeté en caniveau.
Qu'on le dise à chacun, qu'on le crie sans détour
Tout humain est frère qu'importe son parcours
Nul n'est que poussière sur bord de ton chemin
Lui, que tu détestes, reste ton lendemain.
Je pense à celui-là qui se lève à l'aurore
Car il croit encore en l'avenir qui dort
Parce qu'il sait au fond que les enfants des uns
Seront les citoyens du monde de demain.
Je pense à qui ne veut qu'enseigner par l'espoir
Dont la simple utopie est de montrer à croire
Et voir leurs élèves porter lumière, bonté
Et porter dans leurs mains l'humain réinventé.
À ceux qui apprennent soignent, nourrissent, lavent
Que l'on broie sans honte sous les réformes graves
Car on oublie souvent dans les bureaux lointains
Qu'il n'est que jeunesse, avenir de l'humain.
Pendant ce temps pourtant c'est l'enfance qu'on blesse
On tue en silence la sève des jeunesses.
Au lieu d'apprendre que dehors le futur germe
On enferme l'esprit dans des dogmes trop fermes.
Et pourtant on m'a lu Rimbaud le fugitif
Ses vers d'évasion aux purs horizons vifs
Et pourtant j'ai connu d'autres voix, d'autres cris
D'hommes qui semblaient voir ce que l'on a compris.
Alors comment croire en murs blanchis d'oubli
Qui tordent les rêves des enfants paradis
Et roulent dans l'encre les anges du pardon
Sous le poids écrasant d'un savoir sans raison ?
Les cahiers saignent bleu sous plumes fatiguées
Les mots bientôt heurtant murs des règles figées
Et dans les yeux en feu d'une jeunesse en veille
L'avenir dort captif si proche du soleil.
Je veux fuir vos livres aux pages verrouillées
Vos prisons de tableaux aux regards congelés
Donnez-moi clairières et l'ivresse du vent
Le cri fou des oiseaux et le monde vivant.
Laissez-nous suivre l'eau des rivières sauvages
Apprendre aux étoiles leurs noms et leur langage
Que puissent nos rires bâtir rêves, raison
Que l'on naisse demain hors de vos vieilles prisons.
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