Partie 1 :
Le 12 mai 2022
Tu te tenais sur le port, prête à plonger
Ou nos âmes se sont embrasées
Par l'amour dû à ma mère, je ne puis t'aimer
Par fidélité aux tiens, tu ne peux m'aimer
Tyrans drapés de détours et de désirs
Nos parents nous plient aux vents glacés de leurs soupirs
Liés par chaînes que nul souffle ne rompt
Nous marchons maudits ; deux cœurs blessés
Qui s'aiment et se nient à la fois
Combien de fois m'ont-ils pris pour modèle
Combien de mères ont prié que leurs fils/filles me ressemblent
Tu disais que j'aurais brûlé ma vie entière
A nier mon essence, à me taire en poussière
Effaçant chaque fibre de moi
Pour ne point déranger
Aujourd'hui, tes cent vingt alters m'aiment sans détour
Amour pluriel scellé dans l'éternel retour
Le doudou offert, tu le serres contre toi
Enfant captive d'un trésor qui ne ment pas
Me désirant jusqu'à la chair, rêvant de mon sang
De famille tissée, de foyer brûlant
Refusant mon départ dans l'amour possédant
« Mon ange, mon ange », tes mots pleins de ferveur
Toi qui disais que j'avais réveillé ton cœur
Toi qui connus l'extase après cent gestes froids
Et qui désormais goûtes les délices à la fois
Ta grand-mère murmure : ton regard n'a jamais tant brillé
Je réponds : élevons d'abord nos vies enlacées
Toi, QI fulgurant de 190 dès l'enfance blessée
Tu demandes : pourquoi moi ?
Je murmure : parce que c'est toi
Partie 2 :
Parfois, tu t'en veux d'avoir été si folle, si aveugle
De ne m'avoir guère dit que ton cœur pour moi brûlait chaque jour
Dorénavant, mon âme porte la plaie d'être ombre à tes yeux
Oui, j'ai toujours su que je comptais
Mais je ne le ressens plus
Et tu pleures
Sous les plaids, toi que l'on a si peu bercée
Je te vois, enfant guettant son prince blessé
Ô toi qui pleures de bonheur enfin
Ô Manon, m'attendant semaine prochaine
Rêvant d'être prise, embrassée sans peine
Ô Manon, sur le quai, quand je te vois
Où ira ton cœur, mon amour, ma foi ?
Combien de fois m'as-tu fait pleurer ?
Combien de fois me suis-je résigné
A cette liberté nommée indépendance
Souvent illusion, danse sans substance
Combien de fois je t'ai vue saigner
De ce sang que l'âme seule sait verser…
Ô Manon, plus fusionnelle que moi dorénavant
Toi que je veux garder au creux de mes bras
Comme une enfant, comme mon enfant
Te rendre chantante, vivante, aimante
Je t'aime du plus profond de l'être
Et même tremblant, je veux être
Abri, chaleur, étoile fidèle
Celle qui jamais ne se rebelle
Tu pleures dès que je souffre un peu
Je promets la vérité, même douloureuse
Si tu savais combien je souhaite
Que ton cœur batte pour une autre comète
Un autre plus stable, plus léger que moi
A la douceur simple, aux jours sans poids
Chère luciole, si je pouvais seulement
Te protéger sans te brûler lentement
Pardon
Tu crains l'abandon ; moi, je ne fuis jamais
Mais parfois je crains que l'amour me mène
A t'ouvrir les yeux sur une vie plus sereine
Avec un autre, loin de la chute humaine
Tu dis que sans moi la vie s'effondrerait
Mais Manon, je ne peux t'offrir ce que tu rêvais
PARTIE 4
Parfois un instinct primordial me traversait :
Je m'excusais d'être né
Comme si mes épaules portaient déjà l'univers
Avant même que ma voix osât fendre le silence
Souvent, je me détestais
Je me détestais d'avoir tendu encore les mains
vers ceux dont les consciences sommeillaient
Dont les gestes étaient programmés, réglés, figés
Vides, mécaniques, sans âme
Je me détestais d'avoir discerné
Sous les rires polis, l'angoisse contenue
Derrière les mots, l'abîme latent
Dans les silences, les rabaissements répétés
Lents, lassants, épuisants, usants
Ces phrases se retournaient sans cesse
A l'opposé de ce que je ressentais
De ce que je vivais
De ce que je faisais
Et pourtant, voici ce qui s'imposait à moi :
Ne plus consommer toute ma vie
Ne plus me perdre à nourrir, sans limite
Leur part narcissique, glaciale, éphémère
A tous ceux qui se disaient de bonnes personnes
Mais n'étaient que les pires hypocrites
Les égoïstes les plus subtils, les plus froids
Selon les regards, j'étais ange ou démon
Et tout se décidait uniquement sur le temps
Que je pouvais offrir, généreusement, librement
La vie n'était pas une course, Manon
Elle était l'acte simple et courageux
De vivre tel que l'on est
D'aimer ce qui nous faisait vibrer
Aux côtés de ceux qui nous aimaient vraiment 💗♥
A mes yeux, rien n'était plus doux
Plus juste, plus harmonieux, plus agréable que toi ☀💖
Chaque jour passé près de toi
Je le chérissais, je le cajolais, sans exception ❤️🔥💝
Le reste, le monde, les jugements, les venins
Les ignorances, les jalousies, les médisances
Tout cela n'avait que peu d'importance
Car nous n'étions jamais
Que ce que nous étions dans le regard de chacun
Et dans le mien, tu étais ma déesse
Ma petite luciole, celle qui faisait naître
Chaque battement de mon cœur humble et sincère ♥💝💗
Ma chère dulcinée ♥💖
Je m'éveillais ⏰ chaque matin à tes côtés ❤️🔥
Je respirais le même air ☁
Partageais les routes, les silences
Les ailleurs, les instants suspendus
Je grandissais près de toi
Bâtissais notre vie, pas à pas ♥
Ensemble, inchangé et uni 👫
Je t'aimais d'une intensité
Que les mots ne sauraient jamais contenir
Je t'aimais à l'infini
Et qu'importent les années, les dimensions, les univers
Je t'aimerai toujours
Car il m'était impossible de ne pas tomber
Encore et encore, amoureux
Obsédé par ma belle luciole 💞
Tu étais celle que j'aimais
Celle que j'avais eue
Celle que j'avais rêvé d'aimer toute ma vie 💗♥💖
Le 24 janvier 2025,
Je venais comme nous nous l'étions promis
J'avais compris, pour la dernière fois
Que le monde en avait trop fait
En pathologisant ce qui était humain
Combien de fois ai‑je entendu
Des Borderline, des dépressifs, des autistes
Proclamer qu'il fallait fuir ceux plus brisés qu'eux
Tout en riant, exaltés
Au miroir cruel de la conformité ?
L'humain ne cherche qu'une chose : l'appartenance
Oh toi, avec ton TDI,
Que j'avais décrite à l'identique à douze ans
Et que je préfère désormais définir
Comme un tout, entier, chargé d'émotion
Une sclérose en plaques primaire
Les douleurs, les pleurs, la fatigue
N'étaient pas épuisants pour qui aimait
Ils décuplaient l'élan vital
L'envie infinie de prendre soin
Et prendre soin de toi n'avait fait que du bien
A celui qui aimait autrui
Grandir en s'obligeant à manger ce que je n'aimais guère
Etre rabaissé sans répit, harcelé de l'enfance à l'âge adulte
Sans domicile fixe, insulté à longueur de journées
Pour ne point avoir été « habituel »
J'avais compris pourquoi les métiers d'aide me relaxaient :
M'occuper d'autrui m'apportait une stabilité
Que ma propre vie ne m'avait jamais offerte
À cela, je fus rejeté, insulté, accusé à tort de leurs méfaits
Même envers celui qui ôterait la vie, je tendrai ma main
Telle l'enfant de mon livre, offrant sa paume au diable
Et que, qu'importe pour ce diable, ce petit nomma ami
Je ne puis haïr les êtres, et pourtant, j'en fus abusé
Ce que tout cela signifiait, je devinais leurs excuses
Trop bien, ô trop bien, je les connaissais
Que cela les effraya, et pourtant, ils me dirent
Qu'ils étaient un livre ouvert devant mes yeux
A tes côtés, ce furent sans doute
Les jours les plus doux et les plus apaisants de ma vie
Où je pouvais simplement t'écouter, te consoler
Te masser, te parler de la vie
Sans être rabaissé ni insulté
Tu étais si fatiguée le jour de mon départ
Te souviens-tu de cette nuit, Manon ?
Le 1er février, nous marchions vers la gare de Lyon
Le long de la Seine, racontant nos enfances
Nos vécus, nos secrets intimes
Tu souriais. Tu étais si fragile
Que je te tenais la main pour que tu ne tombes pas
Devant ta fatigue, j'appelais un Uber
Pour que tu rentres au chaud
Et une fois parti, je reprenais la route
Te promettant de revenir
Combien de fois nous nous sommes fixés dans les yeux ?
Tu disais de moi que j'étais le seul
L'unique garçon de ton cœur
Celui que tu avais tant attendu, l'amour de ta vie
Le garçon le plus attentionné que tu aies connu
Et, oh, bien que tu en aies connu, me disais‑tu
Et pourtant, cela te frustrait
De ne pouvoir toujours me le rendre
J'avais vingt-sept ans, toi vingt-quatre
Nous n'étions point conforme aux standards
Et cela m'importait peu
Te voyant aimer cela
Je voulais te donner chaque nuit, chaque jour
Tout ce que je pouvais, tout ce que mon cœur contenait
Oh toi, si tournée vers la performance
Quand moi je ne l'étais guère
Tu perdais souvent, et cela te frustrait tant
Que tu jetais les préservatifs, à bout
Tu étais si adorable que nous en riions
Et je préférais infiniment te prendre dans mes bras
Te voir râler doucement, te sentir contre moi
M'endormir contre toi
Oh toi qui m'appelais mon ange
Et moi, ta petite luciole
Que j'aimais tant, que j'aimerai toujours
Parfois, je n'aurais cru qu'un tel élan fût possible :
En grandissant, mon unique regret
Est d'avoir offert mes mains, sans fin
Aux âmes invisibles
Car en les soutenant, je m'effaçais dans le vent
Et sans or, sans droit
J'ai touché moins de vies que je n'aurais pu caresser
Et par ce feu, j'ai blessé ceux que j'aimais :
Ma mère, et l'élue de mon cœur
Sans savoir, sans pouvoir retenir
En cheminant, j'ai compris :
Vivre la même épreuve n'enseigne pas la même leçon à chaque âme
Combien de fois ai-je vu leurs regards diverger des miens
Combien de fois ai-je senti le monde à l'envers
Au-delà du nombre que je puis conter
Nous ne sommes pas qu'une histoire
Mais l'écho plein de notre mémoire
C'est ainsi que l'on se façonne
Dans nos vies où l'âme résonne
PARTIE 5
Et si… Et si…
Juste un instant, je pouvais arrêter ce cirque
Juste une fois, une seule et dernière fois…
L'unique… la seule…
Alors peut-être je partirais enfin
Je m'éteindrais doucement
Pour une autre aventure
Ô comme ce monde m'était insupportable
Chère Manon…
Ma chère compagne…
Ô maman, je serais navré
Si la fin que je choisissais dans mon âme et mon cœur
N'était point celle que tes yeux attendaient
Ô que j'étais nostalgique
De ces paysages lointains
Où, enfant, je vagabondais
Dans les champs de Villabé
Là où je naissais
PARTIE 6
Ce soir, Manon, tes affirmations étaient telles
Qu'aucun de mes mots n'avait de valeur
À ton silence, je ne doutais point que tu allais mal
Sur le pont Alexandre III
En pleurs, au téléphone
Quatre bouteilles
Une boîte de bêta-bloquants
Voyant les pompiers, tu reculas
Te sentant trahie, non secourue
Sur ce pont où nous nous étions connus
Où, cigarette aux lèvres, tu pensais déjà sauter
Et où je suis venu cette nuit-là
T'en souvenais-tu, Manon ?
Ô Manon, comme tu étais malheureuse
Jamais je ne t'avais aimée à demi
Ô Manon, te voici plongée
Dans le silence du coma
Où nul mot ne t'atteint
Te réveilleras-tu ? Même une seule fois ?
Pour nous seulement ?
Pourquoi cette jalousie envers Chloé ?
Pourquoi cette peur de n'être point aimée ?
Ô Manon, Manon
Comme je t'aimais, comme je tenais à toi
Et non point légèrement
J'aurais aimé revenir en arrière
Te délivrer de ton passé, ne serait-ce qu'un instant
Je ne suis point divin, nullement maître du destin
mais un simple vivant que tu nommais ton cœur, ton ange
Te réveilleras-tu ?
Ô Manon, en soins intensifs
Où nul médecin ne sait si tu t'en sortiras
Pourquoi ? Pourquoi donc ?
Tu m'as écrit que je déciderais si tu vivras ou non
Je ne suis point Dieu ; je ne suis qu'un vivant
Ô Manon, comme je peine par amour
De te savoir entre la vie et la mort
Et, pourtant, je n'abandonnerai point l'espérance
Te revoir sourire, te revoir pleurer
Te savoir heureuse, au chaud, râler pour des bricoles
Marcher ensemble, nullement séparés
Tu as écrit que tu ne me mérites point
Que tu ne voulais nullement m'alerter
Qu'une vie serait meilleure si tu n'existais plus
Comment peux-tu croire cela ?
A quel moment as-tu décidé de ne plus nous choisir ?
Je suis là. Je n'ai point déserté
J'attendrai ton réveil
Un simple réveil
Te savoir en vie. Même une fois ?
Nulle autre exigence
Ô Manon
La vie ne vaut nullement d'être quittée ainsi
Plus nous nous éteignons, plus nous blessons
Plus nous partons loin, moins la joie demeure
En finir n'est point un choix libre
Mais, le fruit d'un état bouleversé
Ô Manon, petite princesse parlant à ton nounours
Souhaitant le bonheur à tous
Je te revois enfant, et je voudrais
Pour une dernière fois seulement :
Ne lâche point la vie
T'aimer a été mes plus grandes épines
Mais t'aimer a été aussi ma plus belle étoile
Sans toi, le sens ne tient plus
Et nul avenir ne s'éclaire
Te réveilleras-tu ?
Juste une fois, juste une dernière fois ?
Ô Manon, juste une dernière fois…
Reviens, ma chérie
Reviens
Sans toi
Je ne respire plus
Sans toi
Je ne suis plus
Reviens
Reviens
Ou je m'éteins
Avec toi
Partie 7
On me dit que je ne suis guère de ta famille
Que je n'ai guère droit à veiller à ton chevet
Après 32h d'ombre et de veille
Mon portable a sonné
Et ta voix est tombée sur moi comme une pluie douce
Rappel fragile que l'amour survit même dans le coma des jours
Tu m'as dit que j'étais ta seule raison
Ton regret absolu, ton phare dans l'obscurité
Et dans tes songes, tu m'as vu à tes côtés
Te tenant la main, te parlant
Moi, je voulais être près de toi
Présence immuable, gardien de ton retour vers la lumière
O Manon, toi qui pleurais de culpabilité
Et moi, moi qui m'en voulais d'avoir été trop rationnel
Armure neuve, fonctionnement réinventé de mon être
Et pourtant, les larmes tombent encore, silencieuses
Comme la mer effaçant les traces des pas sur le sable
Je ne rêvais que d'une seule chose :
Ton réveil, ton retour à la vie
Que tes yeux s'ouvrent enfin
Et que ton souffle effleure le monde à nouveau
Les jours passent, tes sensations t'échappent
Et parfois, tu ne retrouves plus le chemin des mots
Mais, je te dis : peu importe comment sera la vie
Je resterai près de toi
Toi seule, car tu es celle que j'ai choisi d'aimer
À chacun de mes mots
Tu illumines de lumière tes ténèbres
Tu es mignonne, depuis notre rencontre à Barbara
Où tu m'attendais en sortant du train
Comme un phare dans la brume
Et nos âmes se sont frôlées pour la première fois
Partie 8
D'un côté, certains me traitent de sans cœur, d'antipathique
De l'autre, on me répète que je suis un ange
Excessif en empathie depuis ma naissance
Grandir, c'est cesser de perdre son souffle
A remodeler l'image que le monde veut voir
Cesser d'édifier des mirages pour des juges aveugles
Cesser d'offrir son cœur aux hypocrites applaudissant le vide
Être adulte, c'est ne plus s'attarder sur les préjugés
Que la société impose et célèbre sans vergogne
Ni sur l'inhumanité travestie en gloire sociale
Rendre tout le monde heureux ? Un rêve d'enfant
Mais avancer avec ceux que l'on aime : un art
Car le tout de la vie
C'est d'être près de ceux que l'on aime
Même quand les tempêtes viennent
Même quand les cœurs se fendent et se recomposent
Être l'ancre et la lumière pour ceux que l'on chérit
Et toujours, je me souviendrais de cette nuit à Barbara
De ce moment où nos yeux se sont trouvés pour la première fois
Où l'attente et l'espoir se sont mêlés
Et où la vie a choisi de nous lier pour toujours
Partie 9
De quelle manière te confesserai-je, ne serait-ce qu'un jour
Que ton coma me provoqua en moi un néant ?
Dont mes larmes, conscient que cela te réjouirait
Chacune, préméditée, comme un automate dont l'âme est vide
Quand nous faisons l'amour
Parfois, je ne puis que m'ennuyer
Dans le théâtre qu'est la vie
Cela te ravit tant que je m'emploie à t'exaucer
Car, dès l'enfance, j'avais scellé cet avenir :
Celui de me dissoudre dans ton bonheur
Mes larmes aspireront souvent à s'échapper
Conscientes de mon existence en ce monde
Ne désirant que t'apporter du bonheur
Au sein de cet univers silencieux
Car toi seule as le don de me rendre heureux
Ô Manon…
Si seulement je pouvais m'éteindre
Ne serait-ce qu'un instant, ne serait-ce qu'un souffle
Pour effacer l'éphémère que nous appelons vie
Si souvent je me sentais si fatigué
Et pourtant en paix en moi-même
Aucun regret ne vivra plus en moi
Pas un seul, même effleuré par l'ombre
Jadis, j'en vécus…
Mais je ne me reprocherais dorénavant
Ni d'avoir aidé tant de vies
Ni de ne point avoir suivi le chemin conforme
Ainsi j'aurais été mieux accepté
Et peut-être aurais-je aidé un plus grand nombre
Ô vie…
Où l'apparence domine
Quelle lassitude infinie
Quel ennui abyssal qu'est la vie !
PARTIE 10 :
Humanité, quel que soit le nom donné au vivant
Il demeure ce qu'il est : ni mauvais, ni bon, seulement
Si souvent, chérie
En toi je vois une enfant
À protéger, à couver doucement
Ma chère, ma fragile luciole tremblante
Lueur vacillante dans l'ombre des jours
En ce monde, je n'y crois guère
Je ne pourrai plus y croire
La vie est la vie, le monde est le monde :
Ni plus, ni moins
Tant de fois
Tu rappelas celui que j'étais autrefois
Quand je n'étais qu'un enfant, perdu sous le poids des heures et des âmes
Ces émotions, de bien, de mal, de peur pour nos enfants à venir
Débordement d'âme, vaste, brûlant
Qui consumait mes nuits et mes pensées
Aujourd'hui, je n'ai plus peur
Peut-être, pour certains, mon âme s'est éteint
Pour moi, je ne suis que ce que je suis :
Un être ayant vu ses illusions n'être que nuit
Qui avance sans but, machine obscure qui persiste, obstinée
Quand toi, tu verras nos enfants, tu verras l'amour éclore
Moi, j'y distingue déjà mécanismes, ressorts
Modulations et conditionnements des jours
Chaque mot traçant la route d'une vie mise au jour
Tu me parles d'amour ; je réponds simplement :
Si je sors le soir dans le froid mordant, pour toi
C'est pour honorer ma morale, fragile et froide
Mais là est ma joie : car le timbre de ta voix
Suffit, à lui seul, à réchauffer mon cœur
Si je te laisse parler, si je parle à mon tour
C'est comme un nouveau-né suspendu au sein
Nos intérêts nus, purs, dénués de détour
Tu demandes : entre un monstre et notre enfant
Qui sauverais-je, là, maintenant ?
Je donne la réponse qui éclaire ton visage
Apaise ton cœur, calme l'orage
Je sauverais l'enfant, notre petit vivant :
Plus innocent, plus à vivre devant
Car de lui je tisse un lien
De moi il dépend, fragile et sensible
De surplus, cela ferait plaisir à celle ayant voulu fonder un nid
Ô ma chère dulcinée, Ô ma chère Manon
Enfant de nous, enfant abandonné, tout m'est pareil
Pourtant, je goûterais un plaisir infime, cruel
De savoir ton sang couler dans sa chaire
Ainsi suis-je devenu ce que je fus, ce que je serai toujours dorénavant
Tu dis que ce n'est pas affaire de logique
Je te laisse croire en ces mots que tu appelles humains
Mot que jadis j'employais avec foi, avec musique
Sans attache, sans élan irrationnel
Notre enfant ne serait qu'un autre mortel
Le voir vivre ou mourir importerait si peu
Puisqu'une vie s'éteint pour nourrir d'autres feux
Que d'autres âmes embraseront à leur tour
Il y a fort longtemps, je compris en silence
Silence qui ne produit que dégoût du vivant
Qui blesse plus que n'importe quel coup
Et qui brise tant de couples en chemins de cendres
Si l'on retirait l'éthique du vivant
Tout deviendrait absurde, vide
Et la vie elle-même un souffle dérisoire
Ô ma chère Manon, Ô toi qui me dis ange avec douceur
J'aimerais répondre, sans masque, sans pudeur
Que je ne vaux guère plus qu'un corps parmi d'autres
Ni mieux qu'un violeur, qu'un tueur, qu'un prêtre
Aucun geste n'a de sens, seulement nos filtres
Ce monde ne cherche que son propre bien-être
Certains s'y usent jusqu'à disparaître
Ceux qui souffrent sont jugés dangereux
Laissés seuls, invisibles, honteux
Ne jamais tendre la main à ceux qui tombent bas
Ne fit jamais grandir cette Terre ici-bas
Je ne suis que fatigué de cette humanité
Que tu appelles ?con?
Que ma mère nomme ?médiocre?,
Et que j'appelle simplement perception, émotion, vie
Humanité n'est que cela : rien de plus, rien de moins
Ô ma chère Manon, laisse-moi dormir, me retirer
Sans ces élans qui m'épuisent d'exister
Me forcer encore pour te faire plaisir
Une fois de plus, simuler le désir
Bien sûr, je te réponds
Pour que ton regard demeure lumière
Car je ne veux au monde qu'une chose : tes yeux
Peut-être serais-je le plus grand manipulateur
Pourtant, je n'ai ni envie ni intention de blesser ton cœur
Je veux seulement vivre à tes côtés, sans peur ; et te voir sourire
Ô ma chère voix dans ce monde parlant à mon âme
Capable parfois de dépasser tes préjugés
Telle une enfant marchant vers la clarté
Telle une enfant apprenant à respirer
Comme je fus, comme je suis, comme je serai
Nous serons toujours deux enfants égarés
Et pour cela, je t'aimerai éternellement
Sans toi
La vie ne serait que torture et abîme froid
Je ne suis qu'un vivant cherchant son intérêt, comme tous ici-bas
Ô ma chère Manon
Qu'importe la vie, qu'importent les éternités :
Mon cœur ne battra jamais
Que pour toi, ma petite et fragile luciole
Que parfois je contemple telle mon enfant.
PARTIE FINAL :
Tant de fois
Mes pensées se sont égarées vers des terres lointaines
Sans percevoir la flamme chatoyante de cette vie aux mille lueurs
Ni les instants où, auprès de ceux qu'on aime
Tu fais naître en moi un rire clair et léger
Dans ce monde où je n'existe presque guère
À tes yeux pourtant je deviens réel, et je t'aime
Avec toute l'ardeur que mon cœur peut offrir
Ma chère lapine aux oreilles de velours
Ma chère mère aux racines de toujours
Et, Ô toi, chère petite luciole
Dont le cœur vacille mais jamais ne s'éteint
Je vous aime d'un amour que rien, jamais, n'effacera
Vivre, chérir, aimer :
Garder tout contre soi ce que le cœur ne veut jamais perdre
Au plus profond de nous bat, douce et infinie, cette petite vie 💗
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