Dans le train, y'a toujours un introverti qui reste dans l'espace entre les wagons. Là, y'a un strapontin miteux, c'est pas le top mais au moins il est un peu plus seul. Pourtant il a payé sa place et tout, mais c'est plus fort que lui. Quand il a vu son numéro, encastré à côté d'un quidam qui a déjà entamé son wrap au poulet malodorant, il s'est directement senti mal. Il lui fallait une porte de sortie. Au moins mentale. Quand le train est lancé, l'introverti, il existe presque plus. Y'a des gens qui viennent téléphoner devant lui et ils le voient même pas. Et la pièce peut commencer.
Dans le train, on voit passer des forêts si denses qu'on perçoit même pas derrière le premier arbre. Qu'on se demande si c'est bien vrai, tout ça. Si c'est pas juste pour nous divertir, tellement cest beau et secret. Puis la perspective passe et la forêt se dessine dans son pourtour. Et on comprend que si, c'est bien vrai. Que ça n'a rien de bien immense, ni de bien magnifique. Que c'est tant circonscrit que c'est même probablement tout mort à l'intérieur. Qu'est-ce qui pourrait bien vivre, ici, entouré de plaines rases, jaunes et infectées.
Dans le train, y'a toujours des gens qui se lèvent un quart d'heure avant l'arrêt en gare. Alors je sais pas si c'est pour sortir plus vite, genre l'angoisse de rester bloqués par la foule, ou si c'est pour montrer à tout le monde qu'ils maîtrisent leur sujet, eux, et qu'ils savent qu'on arrive au bout. Mais je les déteste sincèrement.
Dans le train, y'a ce silence morbide devant, et ces chuchotements perpétuels derrière. Y'a la gène du regard forcé. Où pourrait-on bien regarder? Même les smartphones n'ont pas réussi à régler ce problème.
Y'a aussi toujours une belle femme qui lâche pas un mot, qui fait pas un bruit, qui n'a aucun bagage. Juste, elle regarde dehors en écoutant sa musique et on se sent bien con à côté. Je sais pas trop pourquoi. Mais c'est comme ça. Y'a pas grand chose qu'on puisse faire, face à cette dame-là. Elle échappe un peu à tout. C'est peut-être une stratège. Mais moi je pense qu'elle est née comme ça.
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| Salut Zooey, super texte comme d'habitude Mon petit doigt se demande où tu te situes toi en tant que voyageur ? Sûrement côté fenêtre et première classe ? Merci pr ce texte |
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Ocelia ![]() |
| Merci! Jamais côté fenêtre pour ma part. Je déteste me sentir coincé. Point commun avec mon chat. Et toi? |
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Zooey ![]() |
| Ah moi si côté fenêtre. Par contre, du moins au temps où je prenais le train; je fais partie de ceux qui vont avant tout le monde à la porte de sortie, genre 15 minutes avant l'arrivée. Donc désolée je suis détestable ! Mais je suis aussi la fille cool aux écouteurs qui regarde par la fenêtre. Dilemme... |
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Ocelia ![]() |
| Oui on peut cumuler. J'ai la détestation facile mais passagère. Après je me rends compte de ma bêtise. | |
Zooey ![]() |
| Ben disons que moi c'est maladif et je déteste ça aussi. J'espère que j'ai changé, faudrait que je prenne le train à nouveau pour voir. |
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Ocelia ![]() |
| J'aime bien. :-) Je me délecte de ta manière d'écrire Zooey. C'est à chaque fois un vrai plaisir. :-) |
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Charlie ![]() |
| C'est vrai que c'est plaisant et plutôt fluide à lire. Les différents états d'esprit peuvent être le sujet d'une thèse en leur multiplicité. |
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Syntax_Error ![]() |
| Texte bien mis en place, vivant, et qui se referme calmement, de manière zen. | |
Sarahg ![]() |
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